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GENESE DU FILM: LE PIANISTE
C’est
en lisant le témoignage du pianiste et compositeur Wladyslaw
Szpilman, survivant du ghetto de Varsovie, que le cinéaste
sait qu’il veut en faire un film et ce, sans avoir à
affronter directement son expérience du ghetto de Cracovie.
Le Pianiste est ainsi le premier film de Roman Polanski tourné
en Pologne depuis quarante ans (depuis Le Couteau dans l’eau
en 1962 donc). Un âpre retour aux origines donc, à
travers le refus, éthique, de toute sensiblerie facile. La
sobriété de la mise en scène proposée
par Roman Polanski, et qui fut d’ailleurs taxée par
certains d’académique, n’en signe pas moins un
condensé intime, voire une libération, des thématiques
obsessionnelles du cinéaste, en particulier ici la disparition.
Le Pianiste symbolise en ce sens une sorte d’apothéose
troublante, le cinéaste allant jusqu’à déclarer:
« Avec ce film, Le Pianiste, j’ai un peu l’impression
que tout ce que je faisais avant était une espèce
de répétition pour faire ce film. » Mais Le
Pianiste représente aussi, et peut-être même
surtout, un témoignage audiovisuel dur et nécessaire
sur l’antisémitisme et la guerre, hélas toujours
de (main) mise.
Roman
Polanski avait connu Varsovie sous les bombes alors qu’il
avait six ans, puis était reparti avec sa famille à
Cracovie ; il ne connut pas le ghetto de Varsovie. Le cinéaste
ne souhaitait pas parler de quelque chose de trop proche de lui
en Pologne (refusant ainsi de tourner La Liste de Schindler qui
se déroulait à Cracovie), mais d’une époque,
elle, bien connue de lui. Ses souvenirs, il le pense, il le sait,
peuvent, servir la véracité des faits dans ses moindres
frémissements (un geste d’officier nazi, un soleil
radieux là où l’on ne l’attendrait pas,
etc.).
Le
cinéaste est interpellé par la richesse de détails
et le refus de sentimentalisme de Szpilman, achète les droits
du livre, engage décorateur, costumière et chef opérateur
pour repérages et préparation. Le film se tournera
dans les rues mêmes de Varsovie mais également à
Babelsberg en Allemagne où l’équipe trouve une
ancienne caserne soviétique en passe d’être démolie.
Polanski dynamitera les immeubles. Ce seront les « vraies
» fausses ruines de Varsovie. Comme souvent avec le réalisateur,
les lieux déterminent le scénario, ce n’est
ainsi qu’après les repérages que Polanski engage
l’écriture proprement dite du script en collaboration
avec Ronald Harwood – ce dernier est notamment l’auteur
d’une pièce intitulée « Taking Sides »
retraçant le vrai parcours d’un chef d’orchestre
allemand anti-nazi sous le Troisième Reich. Ensemble, Polanski
et Harwood travaillent sur la manière de traduire en images
et en sons les descriptions du livre, descriptions jamais dramatisées
et souvent sans dialogue. Et, ensemble, ils refusent de faire un
film « trop » pédagogique (pas de voix off explicative)
ou « trop » racoleur (sentimentalisme outrancier, effets
dramatiques spectaculaires, etc.). Mais écrit et tourné
en anglais, hélas, car il est estimé que le film ne
pourrait, sans cela, être financé convenablement et
se « transmettre » dans le monde entier.
Ensemble,
enfin, ils regardent des milliers de photographies et de films d’époque
trouvés notamment dans les archives de la WFDIF à
Varsovie. Parfois les larmes aux yeux devant les atrocités
filmées ou photographiées, les deux hommes avoueront
aussi avoir travaillé autant que possible dans un rire de
défense vitale: « L’humour est un élément
vital quand on veut survivre. Les blagues juives ont toutes un arrière-plan
tragique. En travaillant sur le texte, Roman et moi avons beaucoup
blagué. C’était la seule façon d’aller
jusqu’au bout des choses, de tenir. » (1). La relation
de Roman Polanski avec son acteur, Adrien Brody, se passe de la
même manière.
Si
le tournage du Pianiste connaît quelques problèmes
de logistiques inhérents à l’ampleur du projet,
Polanski avouera, à la surprise de beaucoup, ne pas avoir
souffert sur le tournage de la pression personnelle et historique
exercée par le film. L’équipe de tournage connaîtra
même de vrais grands moments. « Certains [polonais]
me reconnaissaient et venaient m’embrasser sur la bouche en
signe d’amitié. Les figurants, parfois au nombre de
1200, m’ont stupéfié. Ils se levaient à
l’aube, attendaient des heures tranquilles et habillés
avec leurs costumes d’époque. Ils étaient encore
là à 19 heures avec le même enthousiasme et
l’envie de participer, avec leurs tripes, à cette page
tragique de leur histoire. » (2)
Notes: (1) propos de Ronald Harwood recueillis par
Yves Alion, L’Avant-Scène Cinéma, n. 520. (2)
Roman Polanski,in Master Class, Studio/Fnac Etoile, 11 septembre
2002.
BONUS
Fiche technique détaillée du film: cliquez
ici
Revue de presse du film (France): cliquez
ici
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Dossier réalisé par Alexandre Tylski, Université
Toulouse Le Mirail, 2005
Image copyright Bac Films/Studio Canal/R.P.Productions. Tous droits
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