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IMPORTANCE D'UNE METHODOLOGIE
Tout
d’abord, il convient de bien faire mesurer, en particulier
aux plus jeunes, toute la délicate complexité dont
relève un tel sujet d’étude: Roman Polanski
et la Shoah, et, en ce sens, de cultiver d’emblée,
une volonté impérieuse, individuelle et collective,
de sobriété et de précaution. « Sobriété
» dans l’approche (tout lyrisme étant ici déplacé)
et « précaution » dans les informations apportées
– l’exactitude des dates et des faits étant toujours
cruciale, mais peut-être plus particulièrement encore
au sujet de Roman Polanski et de la Shoah.
Pourquoi
relier la Shoah à Roman Polanski et en faire une étude
éducative ?
Roman
Polanski n’a pas fait l’expérience, ineffable,
des usines d’épuration ethnique créées
par les nazis, mais en a subi lourdement et personnellement les
conséquences. Il reste un des survivants contemporains parmi
les plus actifs de cet abîme de l’Histoire. Né
à Paris en 1933 et aujourd’hui cinéaste européen
majeur, Roman Polanski vécut en Pologne pendant la Shoah
et, dès l’âge de six ans, connut les violences
quotidiennes du ghetto de Cracovie, dont il évoquera indirectement
la dureté soixante ans plus tard dans son film Le Pianiste
(2002). Il échappa de peu aux camps de gazage nazis et ce,
contrairement à sa mère, dont la perte le brisa à
jamais. Sa demi sœur, quant à elle, survécut
au camp d’Auschwitz Birkenau et son père au camp de
Mauthausen.
Dès
lors, doit se poser en classe la question des cicatrices de la Shoah
sur l’œuvre cinématographique de Roman Polanski
mais aussi la légitimité même d’un tel
questionnement et d’une étude.
Comme
l’a écrit un jour un journaliste à propos de
l’enfance du cinéaste: « Convient-il d’évoquer
cette enfance tragique pour comprendre le cinéaste ? Notons
que Polanski, quant à lui, se refuse à cette référence:
il déteste qu’on s’apitoie. » (1)
Une démarche racoleuse et larmoyante visant à tout
expliquer d’un artiste par son seul parcours personnel ne
relèverait-il pas d’une vaste mégarde intellectuelle
et d’un grand manque de respect ?
Un
des écrivains polonais déterminants pour Roman Polanski,
Witold Gombrowicz, n’écrivait-il pas à juste
raison: « Je ne réclame pas qu’on interprète
naïvement l’œuvre par la biographie du créateur
et qu’on relie son art aux aventures de sa vie (…)
» ? (2) Et Roman Polanski de conclure son autobiographie par
ses mots: « Par quoi ai-je été poussé
à saisir à bras le corps mon monde imaginaire pour
en en faire un vrai ? Est-ce une pulsion sexuelle qui fut je ne
sais comment à la racine de tout ça ? Est-ce parce
que je n’aurais jamais rencontré toutes les femmes
dont je rêvais si j’étais demeuré ce rejeton
trop petit du ghetto de Cracovie ou ce jeune paysan de Wysoka ?
Non, je ne croyais pas. Je ne le crois pas encore aujourd’hui.
J’ai plutôt le sentiment que mes escapades, mon déchaînement
et ma force ont jailli de l’intuition émerveillée
de ce que la vie à offrir. » (3)
Pourtant,
si le cinéaste refuse souvent d’établir des
jonctions directes entre sa carrière créatrice et
ses mésaventures douloureuses, il serait peut-être
dangereux de ne pas faire état de la vie de l’homme
derrière l’art et l’artiste. Gombrowicz nous
avertissait des dérives potentielles de cette approche, mais
il n’était pas moins un vif pourfendeur du «
caractère pseudo scientifique de la critique (…)
Quel préjudice ont causé les universités en
tentant de prouver qu’on pouvait aborder l’art de façon
scientifique ! Quelle méthode désastreuse que celle
qui consiste à ne s’intéresser qu’à
l’œuvre en faisant abstraction de la personne de l’auteur
– abstraction qui en entraîne d’autres : on finit
de séparer l’œuvre de l’écrivain
en la considérant comme un « objet » indépendant,
en la considérant « objectivement », en transportant
tout sur le terrain pseudo mathématique d’une esthétique
ou d’une sociologie erronées et bancales, en ouvrant
les portes tout grand à la pédanterie, aux analyses
bavardes, à une désinvolture parée d’une
apparence de majestueuse précision scientifique. »
(4)
Une
approche pédagogique autour de Roman Polanski et de la Shoah
devrait probablement ne pas séparer parcours personnel et
parcours artistique, vie d’enfance et vie d’adulte,
passé et présent, et peut-être même aussi
présent et à venir.
Notes:
(1) Pierre Billard, in Le Point, 29 octobre 1979, p.131. (2) Witold
Gombrowicz, in Journal 1957-1960, Ed. Denoël, 1976, p.177.
(3) Roman par Polanski, Ed. Livre de poche 1985, p. 605. (4) Witold
Gombrowicz, in Journal 1957-1960, Ed. Denoël, 1976, p.176-177.
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Dossier réalisé par Alexandre Tylski, Université
Toulouse Le Mirail, 2005
Image copyright Bac Films/Studio Canal/R.P.Productions. Tous droits
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