
TESS (1979) - fiche et genèse
du film -
Synopsis : Le parcours d’une
jeune femme en quête d’amour dans
l’Angleterre du XIXème siècle.
Scénario : Gérard
Brach, John Brownjohn & Roman Polanski
(adapté du roman de Thomas Hardy «
Tess of the d’Ubervilles »). Production
: Renn Productions (France) &
Burill Productions (GB). Producteurs
: Claude Berri & Timothy Burill. Producteur
associé: Jean-Pierre Rassam.
Producteur exécutif :
Pierre Grunstein. Budget
: 50 millions de francs. Casting :
Mary Selway.
Interprétation: Nastassia
Kinski (Tess), Peter Firth (Angel Clare),
Leigh Lawson (Alec d’Uberville), John
Collin (Jack Durbeyfield), Tony Church (le
pasteur), Richard Pearson (Vicar of Marlott),
Arielle Dombasle (Mercy Chant), Rosemary Martin
(Madame Durbeyfield), Carolyn Pickles (Miriam),
Pascale de Boysson (Madame Clare), Susanna
Hamilton (Izz), Caroline Embling (Retty),
Sylvia Coleridge (Madame d’Uberville),
John Bett (Felix Clare), Tom Chadbon (Cuthbert
Clare), Jean-Jacques Daubin (Bailiff).
Lieux de tournage : Ile
de France, Bretagne & Normandie (France).
Technique : 35mm Panavision.
2.35 :1. Langue: anglais.
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Nastassia Kinski (Tess) |
Assistant-réalisateur
: Thierry Chabert (assisté par Romain Goupil).
Réalisateur 2ème équipe
: Hercules Bellville. Chefs opérateurs
: Geoffrey Unsworth, BSC & Ghislain Cloquet,
ASC. Caméra : Jean Harnois.
Chef machiniste : André Thiery.
Décorateur : Pierre Guffroy.
Direction artistique : Jack Stephens.
Chorégraphe : Sue Lefton.
Costumes : Anthony Powell (assisté
par Joanna Johnston). Maquillage
: Didier Lavergne. Coiffure : Ludovic
Paris. Scripte : Sylvette Baudrot.
Ingénieur du son : Jean-Pierre
Ruh. Chef électricien : Jean-Claude
Lebras. Montage : Alastrair MacIntyre
& Tom Priestley. Musique: Philippe
Sarde. Orchestre : London Symphony
Orchestra (dirigé par Carlo Savina). Effets
sonores : Jean-Pierre Lelong. Montage
son : Hervé de Luze.
Durée : 2h45. Distribution
: Renn Productions (France) & Burill
Productions (GB). Columbia Pictures (USA). Sortie
: Novembre 1979 (France), décembre 1980 (USA).
Entrées/Recettes : 500 000
spectateurs (France), 20 millions de dollars (USA).
Récompenses : César
du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure
image. Oscar du meilleur chef opérateur, meilleur
décorateur et meilleur costumier. BAFTA du
meilleur chef opérateur. BSFC du meilleur réalisateur.
Golden Globe du meilleur film étranger et du
meilleur espoir féminin. LAFCA du meilleur
réalisateur et du meilleur chef opérateur.
NYFCC du meilleur chef opérateur.
DVD: Disponible en Zone 2 Collector (FPE)
GENESE DU FILM
1978. Un référendum au Chili soutient
le Général Pinochet. La Suède
devient la première nation à bannir
l’aérosol afin de protéger la
couche d’ozone. L’avortement est légalisé
en Italie. La république populaire de Chine
lève l’interdiction autour des œuvres
de Aristote, Shakespeare et Dickens. Le cercueil de
Charles Chaplin est déterré et dérobé.
Le célèbre producteur d’Hollywood
David O. Zelnick avait acheté les droits de
Tess à Thomas Hardy et souhaitait confier le
rôle à son épouse Jennifer Jones.
Cela ne se fit pas, même si le producteur considérait
qu’avec Autant en emporte le vent, Tess était
le roman idéal pour le cinéma. Roman
Polanski découvrit le roman grâce à
Sharon Tate dont le personnage de Tess et l’esthétisme
lui semblait proche. « Après tant
d’années, quand je vois un beau coucher
de soleil, une jolie maison ancienne, quand je connais
un quelconque plaisir visuel, quelque chose en moi
me dit combien Sharon les aurait adorés. En
cela, je lui demeurerai fidèle jusqu’au
jour de ma mort. » (Roman par Polanski,
Ed. Livre de poche, 1985, p.439)
Il y a indéniablement dans Tess cette «
présence » de Sharon Tate, cette envie
d’émotion, au-delà de l’univers
de Thomas Hardy, digne descendant de Charles Dickens.
Le cinéaste explique son choix de réaliser
le film pour : « Tout d’abord l’émotion
: j’aime les choses émouvantes ; je crois
qu’il y a encore une belle part de romantisme
polonais en moi. Mais, bien sûr, d’autres
aspects du livre, comme le côté destinée,
ironique, à cause de la rencontre de hasard
du père et du pasteur au début, qui
change complètement la vie simple de cette
fille en tragédie, par le poids du «
fatum ». C’est un problème qui
m’a toujours fasciné, que nos destinées
sont le résultat de coïncidences a priori
anodines. » (propos recueillis par Max
Tessier le 8 novembre 1979, in Ecran 79, décembre)
L’adaptation pour le cinéma, comme souvent,
est délicate et exige un travail de romain.
« Tout son intérêt tient au
fait que l’amour est contrarié par les
préjugés et l’intolérance
de l’époque. J’ai dû éliminer
environ 40% des péripéties romanesques
mais je me suis efforcé de conserver l’atmosphère
à 100 %. Un maximum d’émotions
pour un minimum d’images. Pourtant mon film
dure trois heures. Le cinéma ne devient un
art authentique que dans le cas où il faudrait
six pages de livre pour expliquer ce qu’il vous
montre en deux plans. Le mouvement de la caméra
n’a pas d’équivalent en littérature.
» (Roman Polanski, in Le Figaro, 26/10/1979)
Dans un autre entretien (il en accordera beaucoup
pour Tess), le cinéaste argumente autour de
la question de l’adaptation: « Vous
savez que j’ai fait les Beaux Arts. C’est
absolument vrai que dans chaque portrait que fait
un peintre, il y a de l’autoportrait. Quoique
vous écriviez, quoique vous fassiez, il y a
une grande part de vous qui passe dans votre œuvre.
Dans Tess, histoire fictive, il y a nécessairement
beaucoup de moi-même. (…) L’adaptation
d’un livre qu’on aime consiste en une
mutilation habile. C’est une tricherie au fond.
Il faut donner l’impression au spectateur qui
connaît le livre que rien n’a été
coupé. » (propos de Roman Polanski
par Michel Boujut, in Nouvelles littéraires,
08/11/1979, p.32)
Une fois le scénario écrit en collaboration
avec Gérard Brach notamment, Roman Polanski
engage le tournage proprement dit du film qui connaît,
comme les tournages de cette envergure, bien des désagréments:
morts (dont le chef opérateur), grèves
(des techniciens de la SFP) et retards en tout genre.
Gérard Brach se rappelle du sens pratique de
Roman Polanski pour affronter les gros comme les petits
détails. « Un jour, la moissonneuse
d’époque importée d’Angleterre
pour la circonstance est tombée en panne, Polanski
a retroussé ses manches et réparé.
Amoureux des objets et des machines, dont il essaie
toujours de comprendre le fonctionnement. (…)
Roman est très technique. Si ce n’était
pas un grand cinéaste, ce serait un chercheur.
En optique par exemple. Il est très fort.
» (propos de Hervé Chabalier et Gérard
Brach, in Spectacles, 20/21 octobre 1979, p.33)
Tess coûtera au final cinquante millions de
francs de l'époque, grâce à l’acharnement
d’un cinéaste, d’une équipe
et d’un producteur médusé par
le talent de Roman Polanski, Claude Berri : «
Je m’étais lancé là-dedans
par admiration pour Polanski, par envie de produire
un film international (….) Mais Tess a été
un cauchemar, par moments. Quand je voyais les rushes,
c’était un grand bonheur. Mais il y avait
un budget pas très bien calculé, la
grève de la SFP… A la fin de la première
semaine, je n’avais pas de quoi faire la paie
! Angoisse… Mais j’avais des images extraordinaires
! » (Claude Berri, in Starfix n.79, décembre
1989, p.62)
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