QUOI ? (1972) - fiche et genèse du film -
Titre original: CHE ?

Synopsis : Les aventures et rencontres d’une jeune américaine dans une insolite villa italienne. Scénario : Gérard Brach & Roman Polanski. Producteur : Carlo Ponti. Producteur exécutif : Andrew Braunsberg. Budget : 1,2 million de dollars.

Interprétation : Sydne Rome (Nancy), Marcello Mastroianni (Alex), Hugh Griffith (Joseph Noblart), Guido Alberti (le prêtre), Romolo Valli (Giovanni), Gianfranco Piacentini (Tony), Roman Polanski (Moustique), Roger Middleton (Jimmy), Henning Schluter (Catone), John Karlsen (Edward), Cecily Browne (Ruth), Elisabeth Witte (infirmière), Renée Langer (femme nue avec un chapeau).


Sydne Rome (Nancy)


Marcello Mastroianni (Alex)

Technique : 35mm. Todd-AO 35, Eastmancolor. 2. 35. Sonore. Lieu de tournage : Côte d’Azur italienne. Assistant réalisateur : Tony Brandt. Assistant 2ème équipe : Hercules Bellville). Son : Piero Fondi. Chef opérateur : Marcello Gatti & Giuseppe Ruzzolini. Décorateur de production : Aurelio Crugnola. Décor : Franco Fumagali. Directeur artistique : Franco Fumagali. Costume : Adriana Berselli. Maquillage : Giuseppe Banchelli. Montage : Alistair McIntyre. Musique : Claudio Gizzi (et musiques de Beethoven, Schubert & Mozart).

Durée : 1h 52. Distributeur : Pathé NPF (France). AVCO Embassy Pictures (USA). Sorties : 25 décembre 1972 (Allemagne). 22 mars 1973 (France).

DVD: Ce film existe en DVD (zone 2) ici ou chez un éditeur italien, cliquez ici.

GENESE DU FILM

1972. L’armée anglaise tue 13 manifestants en Irlande du Nord. A Rome, un homme tente de détruire la « Pieta » de Michel-Ange à coups de marteau. Scandale du Watergate. 11 athlètes israéliens sont assassinés par des terroristes arabes aux J.O. de Munich. Ferdinand Marcos place les Philippines sous la loi martiale. Naissance de Zinedine Zidane. Décès de M.C. Escher.

A propos de Quoi ?, le cinéaste écrit: « Je voulais réaliser immédiatement un autre film pour prouver que j’en étais encore capable (…) on comprendra que mes pensées se soient portées vers la plus grande simplicité – je dis bien la plus grande. » (Roman par Polanski, Ed. Chêne, 1986, p.463) L’idée du film se base d’abord en partie sur un scénario vaguement érotique intitulé « Le Doigt magique » écrit par Kenneth Tynan, Roman Polanski et Gérard Brach, puis prend forme véritablement lors d’un séjour du cinéaste et de son fidèle scénariste dans une villa près de Rome. Ils y rencontrent une jeune américaine dont le journal intime, d’une naïveté confondante, les lance dans l’écriture du scénario rabelaisien de Quoi ? « qui reflétait en quelque sorte l’absurdité et l’extravagance de ces années 60 qui n’en finissait plus de finir. » (Ibid)

Carlo Ponti, producteur du film, paie de sa poche, pour la première fois de sa carrière, l’intégralité du tournage, et le film se tourne à Amalfi dans une des plus belles villas de la côte d’Azur italienne, près de Naples – ce qui fera d’ailleurs bêtement comparer Quoi ? à un film de vacances. Le chef opérateur est un fidèle des films de Pasolini et des frères Taviania, Giuseppe Ruzzolini. Se joignent également à l’aventure Marcello Mastroianni (acteur chez Fellini et Antonioni), Hugh Griffith (acteur chez Pasolini et Polanski) et Romolo Valli (acteur chez Visconti et Leone). Et le film de se tourner non seulement sans dépassement de dates, mais en avance sur le plan de travail – alors même que le méticuleux Roman Polanski reste connu, et à juste raison s’avère-t-il, pour « prendre son temps » sur les tournages.

Jean-Michel Folon, qui a notamment illustré des livres de Kafka et Bradbury, était présent sur le tournage de Quoi ? et en raconta le souvenir: « Il est tôt, mais Roman s’est levé plus tôt encore. Comme chaque matin, il a foncé au studio au volant de la Porsche. Il prétend que c’est la vitesse qui le réveille. Il conduit avec ses vieilles sandales de basket-ball. « Tu vois, quand on dirige, il faut pouvoir sauter, » dit-il. C’est vrai qu’il sait jouer et danser tous les rôles. Il fascine les acteurs parce que les acteurs le fascinent. Sa vie est un engagement physique perpétuel. Au retour du studio, il jongle avec les autobus italiens. « C’est Jacky Stewart qui m’a appris à jongler avec les autobus anglais. » Sa vie est un jeu. Son caprice, c’est de vouloir tout faire mieux que les autres. Son talent c’est d’y arriver. Un jour, Ponti a osé lui parler du son de la voix des acteurs : « Carlo, tu produis des films. Moi je les réalise. Alors, je peux te dire qu’il y a deux hommes au monde qui savent ce qu’est un son de cinéma. Moi et Kubrick. » Il n’a pas dit Kubrick et moi. « Tu comprends, Jean-Michel, je hais l’amateurisme. J’aime les gens qui connaissent ce qu’ils font. On est des professionnels, non ? » Il a appris l’italien pendant le tournage. Quand on lui demande où il a encore trouvé le temps de faire ça, il répond : « Je n’aurais pas eu le temps de ne pas l’apprendre. » (Jean-Michel Folon, in Polanski par Polanski, Ed. Chêne, 1986, p.150)

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