LE PIANISTE (2002) - fiche et genèse du film -

Synopsis: Un pianiste juif polonais tente de survivre à Varsovie pendant la Shoah. Scénario : Ronald Harwood (adapté du livre de Wladyslaw Szpilman « Le Pianiste »). Production : R.P. Productions, Heritage Films, Canal Plus, Studio Canal, Mainstream S.A.,., Studio Babelsberg, Runteam Ltd, Interscope Communications, Film-board Berlin-Brandenburg, Telewizja Polska S.A. Producteurs : Roman Polanski, Robert Benmussa, Alain Sarde, Daniel Champagnon, Gene Gutowski et Rainer Schaper. Producteurs exécutifs : Thimothy Burrill, Lew Rywin & Henning Molfenter. Budget: 35 millions de dollars. Casting : Celestia Fox & Heta Mantscheff.

Interprétation : Adrien Brody (Wladyslaw Szpilman), Emilia Fox (Dorota), Michael Zebrowski (Jurek), Ed Stoppard (Henryk), Maureen Lipman (la mère), Frank Finlay (le père), Jessica Kate Meyer (Halina), Julia Rayner (Regina), Wanja Mues (le SS qui gifle le père), Richard Ridings (Monsieur Lipa), Nomi Sharron (La femme à la plume), Anthony Milner (l’homme attendant de traverser), Lucie Skeaping, Roddy Skeaping & Ben Harlan (les musiciens de rue), Popeck (Rubenstein), Morgane Polanski (fille).


Adrien Brody (Wladyslaw Szpilman)


Les restes de Varsovie

Lieux de tournage : Potsdam, Beelitz & Berlin (Allemagne). Varsovie (Pologne). Technique : 35mm Spherical. 1:85:1. Assistant-réalisateur : Ralph Remsted. 2nds assistants-réalisateurs : Zbigniew Gruz, Aleksandrs Petukhovs & Caroline Veyssière. Scripte: Sylvette Baudrot. Chef opérateur : Pawel Edelman. Caméra : Marke Rajca (assisté par Zbigniew Gutowski). Steadicam : Jörg Widmer. Décorateurs : Allan Straski. Direction artistique : Nenad Pecur & Sebastian T. Krawinkel. Accessoires : Gabriele Wolff. Costumes : Anna B. Sheppard. Maquillage: Waldermar Pokromski. Montage : Hervé de Luze. Musique : Wojciech Kilar. Mixeur son : Jean-Marie Blondel. Montage musique : Anne-Laure Lermyte. Langue: anglais.

Durée : 2h 30. Distribution : Bac Films (France). Focus Features (USA). Sortie : 24 mai 2002 (Festival Cannes), 25 septembre 2002 (France). 6 septembre 2002 (Pologne). 4 décembre/27 décembre 2002 (USA). Entrées/Recettes : 1 million d’entreés (France). 35 millions de dollars (USA). Récompenses : Palme d’Or, 7 César (film, réalisateur, acteur, musique, décor, image & son). 3 Oscars (réalisateur, acteur & image). Goya du meilleur film étranger (Espagne). Félix du meilleur chef opérateur (European Awards). BAFTA du meilleur film et du meilleur réalisateur.

DVD: Ce film existe en DVD Zone 2. Wild Side Video 2003. Studio Canal/Bac Films.R.P. Productions. All rights reserved. Plusieurs éditions du film en DVD dont un coffret collector comprenant des documentaires, images et musiques du film.

GENESE DU FILM

2001. George W. Bush devient Président des Etats-Unis. Slobodan Milosevic est arrêté. Tony Blair est réélu. Eclipse solaire totale. L’Afghanistan est envahie par l’armée des Etats-Unis. Décès de John Lee Hooker et de Isaac Stern.

Roman Polanski avait connu Varsovie sous les bombes alors qu’il avait six ans, puis était reparti avec sa famille à Cracovie ; il ne connut pas le ghetto de Varsovie. Le cinéaste ne souhaitait pas parler de quelque chose de trop proche de lui en Pologne (refusant ainsi de tourner La Liste de Schindler qui se déroulait à Cracovie), mais d’une époque, elle, bien connue de lui. Ses souvenirs, il le pense, il le sait, peuvent, servir la véracité des faits dans ses moindres frémissements (un geste d’officier nazi, un soleil radieux là où l’on ne l’attendrait pas, etc.).

Le cinéaste est interpellé par la richesse de détails et le refus de sentimentalisme de Szpilman, achète les droits du livre, engage décorateur, costumière et chef opérateur pour repérages et préparation. Le film se tournera dans les rues mêmes de Varsovie mais également à Babelsberg en Allemagne où l’équipe trouve une ancienne caserne soviétique en passe d’être démolie. Polanski dynamitera les immeubles. Ce seront les « vraies » fausses ruines de Varsovie. Comme souvent avec le réalisateur, les lieux déterminent le scénario, ce n’est ainsi qu’après les repérages que Polanski engage l’écriture proprement dite du script en collaboration avec Ronald Harwood – ce dernier est notamment l’auteur d’une pièce intitulée « Taking Sides » retraçant le vrai parcours d’un chef d’orchestre allemand anti-nazi sous le Troisième Reich. Ensemble, Polanski et Harwood travaillent sur la manière de traduire en images et en sons les descriptions du livre, descriptions jamais dramatisées et souvent sans dialogue. Et, ensemble, ils refusent de faire un film « trop » pédagogique (pas de voix off explicative) ou « trop » racoleur (sentimentalisme outrancier, effets dramatiques spectaculaires, etc.). Mais écrit et tourné en anglais, hélas, car il est estimé que le film ne pourrait, sans cela, être financé convenablement et se « transmettre » dans le monde entier.

Ensemble, enfin, ils regardent des milliers de photographies et de films d’époque trouvés notamment dans les archives de la WFDIF à Varsovie. Parfois les larmes aux yeux devant les atrocités filmées ou photographiées, les deux hommes avoueront aussi avoir travaillé autant que possible dans un rire de défense vitale: « L’humour est un élément vital quand on veut survivre. Les blagues juives ont toutes un arrière-plan tragique. En travaillant sur le texte, Roman et moi avons beaucoup blagué. C’était la seule façon d’aller jusqu’au bout des choses, de tenir. » (propos de Ronald Harwood recueillis par Yves Alion, L’Avant-Scène Cinéma, n. 520). La relation de Roman Polanski avec son acteur, Adrien Brody, se passe de la même manière.

Si le tournage du Pianiste connaît quelques problèmes de logistiques inhérents à l’ampleur du projet, Polanski avouera, à la surprise de beaucoup, ne pas avoir souffert sur le tournage de la pression personnelle et historique exercée par le film. L’équipe de tournage connaîtra même de vrais grands moments. « Certains [polonais] me reconnaissaient et venaient m’embrasser sur la bouche en signe d’amitié. Les figurants, parfois au nombre de 1200, m’ont stupéfié. Ils se levaient à l’aube, attendaient des heures tranquilles et habillés avec leurs costumes d’époque. Ils étaient encore là à 19 heures avec le même enthousiasme et l’envie de participer, avec leurs tripes, à cette page tragique de leur histoire. » (Roman Polanski,in Master Class, Studio/Fnac Etoile, 11 septembre 2002)

Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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