LE LOCATAIRE (1976) - fiche et genèse du film -

Synopsis : Un jeune homme emménage dans un immeuble au voisinage des plus étranges. Scénario : Gérard Brach & Roman Polanski (adapté du roman de Roland Topor, « Le Locataire chimérique »). Production : Marianne Productions. Producteur : Andrew Braunsberg. Producteur exécutif : Hercules Bellville. Producteur associé : Alain Sarde. Casting : Catherine Vernoux.

Interprétation : Roman Polanski (Trelkovsky), Isabelle Adjani (Stella), Melvyn Douglas (Monsieur Zy), Shelley Winters (la concierge), Jo Van Fleet (Madame Dioz), Bernard Fresson (Scope), Lila Kedrova (Mme Gaderian), Héléna Dauphin (l’infirmière chef), Jacques Monod (le cafetier), Rufus (George Badar), Claude Piéplu (voisin), Romain Bouteille (Simon), Josiane Balasko (collègue), Gérard Jugnot (collègue), Michel Blanc (voisin de Scope), Jacky Cohen (amie de Stella), Bernard Donnadieu (serveur), François Viaur (policier), Vanessa Vaylord (Martine), Jacques Rosny (Jean-Claude), Dominique Poulange (Simone Choule), Alain Sarde (voyeur).



Roman Polanski (Trelkovsky)

Lieu de tournage : Paris. Studio Epinay (France). Technique : 35mm. Panavision Eastmancolor. Louma. Assistant-réalisateur : Marc Grunebaum (assisté de Jean-Jacques Aublanc et Jean-Pierre Poussin). Script girl : Sylvette Baudrot. Chef opérateur : Sven Nykvist, ASC. Caméra : Jean Harnois (assisté de François Catonné). Décorateur : Pierre Guffroy. Ensemblier : Eric Simon. Accessoiristes : Raymond Lemoine Costumes : Jacques Schmidt. Habilleuse : Mimi Gayo. Maquillage : Didier Lavergne. Coiffure : Ludovic airs. Ingénieur du son : Jean-Pierre Ruh. Montage : Françoise Bonnot (assistée de Jacques Audiard). Musique : Philippe Sarde (direction : Hubert Rostaing & Carlo Savina). Montage son : Michèle Boehm. Mixage : Jean Neny. Trucages : Jean Fouchet. Langue: français & anglais.

Durée : 2h06. Distributeur : Marianne Productions, Paramount (USA). Sortie : Cannes 1976 (France), 11 juin 1976 (USA). Récompenses : Nomination aux César pour le meilleur décor. Film en compétition pour la Palme d’Or.

DVD
: A ce jour, il n'existe pas de version DVD Zone 2 de ce film, mais le DVD Zone 1 vient d'être édité.

GENESE DU FILM

1975. Charles Chaplin est anobli par la Reine d’Angleterre. Les Nations Unis subventionnent la Journée internationale de la femme. La fin de la guerre du Vietnam est déclarée. Le tableau de Rembrandt, « Night Watch », est poignardé dans un musée d’Amsterdam. Juan Carlos est sacré roi d’Espagne suite au décès de Franco. Assassinat de Pier Paolo Pasolini.

Roman Polanski, n’ayant rien tourné en deux ans et attendant que son projet Pirates se monte, décide d’adapter avec Gérard Brach le roman de Roland Topor, « Le Locataire chimérique », dont les droits d’adaptation appartiennent à la Paramount. « Le Locataire fut le plus rapide de mes films – huit mois seulement séparèrent le premier jour de travail sur l’adaptation du roman de la première projection publique. » (Roman par Polanski, Ed. Livre de poche, 1985, p.494) Il décide d’interpréter lui-même le rôle de Trelkowsky et choisit Isabelle Adjani pour interpréter Stella, qu’il s’amuse à enlaidir (lunettes, vêtements approximatifs, etc.). Il enrôle également une partie de l’équipe du Splendid, Michel Blanc, Josianne Balasko et Gérard Jugnot ainsi que quelques têtes connues du paysage français, Rufus, Bernard Fresson et Claude Piéplu. Et pour donner un sens international au film, Shelley Winters en concierge détestable.

Si Le Locataire est rapidement mis en boîte en 6 semaines de tournage (autant dire une première dans la carrière du cinéaste), le film n’en est pas moins une gageure technique, marquée, entre autres, par l’utilisation de la Louma (une invention que l’on doit à Jean-Marie Lavalou, Alain Masseron et David Samuelson): sorte de bras articulé portant en son extrémité une tête de prise de vues télécommandée. Cet appareil permet à Roman Polanski de réaliser, en pionnier, les mouvements de caméra complexes du générique d’ouverture du Locataire – la Louma sera plus tard utilisée par Hollywood pour Superman (1978), Moonraker (1979) ou encore 1941 (1979). Ce n’est pas la première fois que le cinéaste se pose en pionnier technique, lui-même ayant inventé un harnais à caméra (ancêtre de la steadycam permettant au caméraman de porter la caméra et d’effectuer des prises de vue plus stables).

Roman Polanski tourne à Pigalle les scènes extérieures et aux Studios Epinay les intérieurs et fait appel à Pierre Guffroy qui construit un immeuble à cinq étages. Guffroy parlera ainsi du cinéaste: « Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les volumes, la relation qui s’établit, par le décor, entre le temps et les distances – en fonction de l’envie qu’il a de sentir la durée des trajets, la circulation des acteurs. Il fallait créer inquiétant par sa topographie…., les angles obtus dans la cour par exemple, il fallait créer de l’étouffant, jouer avec la hauteur des plafonds, retrouver cette lumière des cours d’immeubles où le soleil ne rentre jamais. » (Pierre Guffroy, in Polanski par Polanski, Ed. Chêne, 1986, p.183)

La musique du film est signée par Philippe Sarde dont le style rappelle à Polanski celui de Krzystof Komeda. « Un jour, on déjeunait, j’avais lu le scénario et je lui parlais des moments sur lesquels je pensais qu’on pouvait mettre de la musique et machinalement, pour meubler un des silences de la conversation, il a trempé un doigt dans son verre et l’a passé sur le bord. Ca donne ce son que tout le monde connaît, cette espèce de vibration fragile. Je suis sûr qu’il ne le faisait pas pour moi, que c’était complètement instinctif, mais à, partir de cette indication involontaire j’ai eu l’idée de me servir du « glass-harmonica », un instrument pour lequel Mozart a écrit deux ou trois pièces. Après une longue recherche, j’ai trouvé en Allemagne le seul homme au monde capable d’en jouer et possesseur de l’instrument : quatre-vingt verres dans une caisse en bois, des verres à Cognac, des verres accordés et un petit récipient rempli d’une eau spéciale sans calcaire. Le musicien trempe ses doigts dans l’eau, il touche les verres et joue. Ca donne ce son étrange qui est dans la musique du Locataire, un son qui ne ressemble pas à ce qui sort d’un synthétiseur ni de ces instruments modernes qui utilisent le verre. » (Philippe Sarde, in Polanski par Polanski, Ed. Chêne, 1986, p.185)

Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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