LA JEUNE FILLE ET LA MORT (1994)
Titre original: Death and the Maiden

Synopsis : Une femme croit retrouver son tortionnaire et menace à mort ce dernier. Scénario : Ariel Dorfman & Rafael Iglesias (adapté de la pièce « La Jeune et la mort » d’Ariel Dorfman. Production : Capitol Films & Channel Four Films (GB), Fine Line Features (USA), Flach Films, Le Studio Canal & TF1 Films Productions (France). Producteurs: Josh Kramer & Tom Mount, Bonnie Timmermann & Ariel Dorfman. Producteurs exécutifs: Jane Barclay & Sharon Harel. Producteur associé : Gladys Nederland. Casting : Patsy Pollock & Mary Selway.

Interprétation : Sigourney Weaver (Paulina Escobar), Ben Kingsley (Dr. Roberto Miranda), Stuart Wilson (Gerardo Escobar), Krystia Mova (l’épouse Miranda), Rodolphe Vega (le fils Miranda), Johnathan Vega (le fils Miranda). Gilberto Cortès, Jorge Cruz, Carlos Moreno, Eduardo Valenzuela & Sergio Ortega Alvarado (musiciens du Qutuor à cordes de Franz Shubert).

Lieu de tournage : Chili, Espagne et France (Studios Billancourt, Paris). Technique : Panavision Cameras. 35mm. Langue: anglais.


Sigourney Weaver (Paulina Escobar)


Ben Kingsley (Dr. Roberto Miranda)

Assistant-réalisateur : Michel Cheyko (assisté par Patrick Boshart et Christopher Gachet). Chef opérateur : Tonino Delli Colli. Caméra : Jean Harnois (assisté par Pierre Barougier). Décorateur : Pierre Guffroy. Direction artistique : Claude Moesching. Cascades: Jean-Louis Airola & Alain Grellier. Costumes : Milena Canonero. Maquillage: Didier Lavergne & Linda deVetta. Son : Daniel Brisseau. Electricien : Jean-Pierre Voisin. Montage : Hervé de Luze. Effets spéciaux : Gilbert Pierri, Frédéric Moreau & Christian Rajaud. Musique : Wojciech Kilar. Montage son : Laurent Quaglio. Montage musique : Andrew Glen.

Durée
: 1h 43. Distribution : Columbia Pïctures. Fine Line Features. Sortie: 23 décembre 1994 (USA). 29 mars 1995. Entrées/recettes : 300 000 entrées (France). 2 millions de dollars (USA).

DVD: Ce film existe en DVD Zone 2. Les films de l'Astre/Capitol Films/Flach Films/Behind the scenes Ltd. All rights reserved.

GENESE DU FILM

1993. En France, assassinat de René Bousquet et lois Pasqua sur la nationalité (suppression du droit du sol). Arafat et Rabin se serrent la main à Washington. Etablissement du Traité de Maastricht. Triomphe sans précédent de Steven Spielberg avec Jurassic Park et La Liste de Schindler. Décès de Audrey Hepburn et Anthony Burgess.

La Jeune Fille et la Mort de Roman Polanski se base sur la pièce de théâtre du chilien Ariel Dorfman : Paulina (Sigourney Weaver), une survivante des tortures perpétrées sous la dictature au Chili, croit retrouver son ancien tortionnaire, le Docteur Miranda (Ben Kingsley), et le menace de mort s’il ne passe pas aux aveux. Outre la force dégagée par le protagoniste féminin, Roman Polanski trouve plusieurs intérêts de taille à ce récit : « Plusieurs aspects de cette histoire m’ont attiré, en particulier le problème de la relativité de la vérité. J’ai toujours été fana de films comme Rashomon ou Citizen Kane, qui présentent plusieurs points de vue. (…) La Jeune Fille et la Mort représentait aussi un défi pour moi : il n’y a que trois personnages, un seul décor, une action ramassée. » (propos recueillis par Laurent Vachaud, Positif avril 1995, p. 9)

Le cinéaste tourne une scène d’extérieur en Espagne et tout le reste du film aux Studios Boulogne-Billancourt à Paris (juste avant leur destruction). Il engage Ben Kingsley pour sa motivation à jouer dans le film et parce le cinéaste cherche un acteur qui ne ressemble justement pas à un bourreau (et ce contrairement à l’adaptation de la pièce à Broadway où le rôle du méchant revenait à Gene Hackman, habitué aux rôles de sadiques). Se souvenir que Ben Kingsley venait juste d’interpréter l’attachant comptable de La Liste de Schindler (1993) et qu’il reste connu encore aujourd’hui pour son interprétation de Gandhi dans le célèbre film de Richard Attenborough (1980).

De la même manière, pour le rôle du mari, Roman Polanski engage Stuart Wilson (et non Richard Dreyfuss comme ce fut le cas à Broadway), un acteur connu jusque-là pour avoir joué plusieurs fois des « méchants » à l’écran notamment dans Le Temps de l‘Innocence (1993) de Martin Scorsese et L’Arme Fatale 3 de Richard Dooner (1993). Le choix même des acteurs et la manière dont Polanski va ainsi pouvoir détourner les visages et les a priori des spectateurs révèlent déjà l’entreprise du cinéaste dans La Jeune Fille et la Mort : l’ambiguïté du bien et du mal, les idées préconçues, et le qui est qui ?

Pour le rôle de Paulina, la victime, Polanski signe pour Sigourney Weaver car, outre son grand désir de participer au film, elle permet à Polanski de trouver plus facilement les fonds nécessaires pour réaliser un tel projet : « Quand vous dites à un distributeur que vous avez un film qui se passe dans un seul lieu, avec trois acteurs, et qu’on y parle des Droits de l‘Homme, ça le fait fuir. » (Ibid., p. 10) Mais au-delà de ces considérations, Sigourney Weaver dégage autant de sensualité féminine que de force guerrière (la saga « Alien » aura d’ailleurs su mettre cela en lumière). Et le cinéaste ne manquera pas d’utiliser cette dichotomie pour le rôle de cette ancienne victime, si troublante dans son rapport physique et érotique avec la Mort, ici représentée par le Docteur Miranda.

Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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