

CUL
DE SAC (1966) - fiche et genèse
du film -
Synopsis : Deux criminels
prennent refuge dans un manoir où un
habite un couple. Scénario
: Gérard Brach & Roman Polanski.
Adaptation en anglais : John
Sutro. Production : Compton
Films/Tekli Films Productions. Producteurs
: Tony Tnser, Michael Klinger, Gene Gutowski.
Producteur associé
: Sam Wynberg. Directeur de production
: Robert Sterne. Budget :
120 000 Livres. Casting :
Maude Spector.
Interprétation : Françoise
Dorléac (Teresa), Donald Pleasance
(George), Lionel Stander (Richard), Jack Mac
Gowran (Albert), Ian Quarrier (Christophe),
Geoffrey Summer (le père de Christophe),
Renée Houston (la mère de Christophe),
Robert Dorning (Philip Fairwather), Marie
Kean (Marion Fairweather), Williams Franklyn
(Cecil), Jacqueline Bisset (Jacqueline), Trevor
Delaney (Nicholas).
Lieu de tournage : Holy Island
(Northumberland) et Studios Shepperton (GB).
Technique : 35mm. Noir &
blanc. Langue: anglais.
|

Donald Pleasance (George)
& Françoise Dorléac (Teresa)

Lionel Stander (Richard)
|
Assistants-réalisateurs
: Roger Simons & Ted Sturgis. Chef opérateur:
Gilbert Taylor, BSC. Caméra
: Goeffrey Seaholme et Roy Ford. Décor
: Voytek Roman. Directeur artistique
:George Lack. Maquillage : Alan Brownie
(coiffures de Joyce James). Costumes
: Bridget Sellers. Scripte : Dee
Vaughan. Accessoiriste : Alf Pegley.
Régisseur : Don Weeks. Ingénieur
du son : George Stephenson. Effets
spéciaux : Bowie Films Ltd. Montage
: Alistair Mac Intyre. Montage son
: David Campling. Musique : Krzystof
Komeda. Mixage : Stephen Dalby.
Durée : 1h51. Sortie
: Février 1966 (GB), 7 novembre1966 (USA).
Récompenses : Ours d’Or
(Festival de Berlin, 1966). Prix de la Critique Italienne
(Festival de Venise, 1966).
DVD: Ce film existe en DVD Zone 2.
DVDY Films 2003. Compton Films/Tekli Films Productions.
All rights reserved. Le film existe également
en version collector aux éditions Anchar Bay,
2003.
GENESE DU FILM
1965. Assassinat de Malcolm X. Alexei Leonov devient
le premier homme à « marcher »
dans l’espace. Le Vatican condamne James Bond.
Première photographie lisible de Mars. En France,
Charles de Gaulle est élu chef d’Etat.
Ceauscescu devient chef d’Etat en Roumanie.
Massacre en Indonésie. Pierrot le Fou sort
sur les écrans. Décès de Nat
King Cole et Edgar Varèse.
La collaboration entre Polanski et Brach roule à
plein régime. Ils réécrivent
encore et encore le scénario de Cul-de-sac
déjà entamé trois ans plus tôt.
Le cinéaste raconte avec force sa collaboration
avec son scénariste: « Je m’étais
souvent interrogé sur les voies de la composition
musicale. Comment un compositeur conçoit-il
une mélodie, par exemple ? J’avais découvert
qu’il n’existait pas de réponse
unique et il en allait de même pour la rédaction
d’un script. Gérard et moi partions de
situations et de scènes isolées, ignorant
où elles nous conduiraient. Peu à peu,
par tâtonnements successifs, en discutant de
la manière d’amener telle scène,
nous aboutissions à un fragment de thème
qu’il ne restait plus qu’à étoffer
pour en faire un récit complet. Parfois, lors
du déroulement de ce processus, il nous arrivait
de renoncer à l’idée qui en avait
été à l’origine. Telle
fut la genèse de Cul-de-sac, dont le titre
original était Riri. » (Roman par
Polanski, Ed. Livre de poche, 1985, p.284)
Riri deviendra Richard (joué par Lionel Stander),
personnage à forte tête inspiré
d’Andrzej Katelbach (acteur dans Le Gros et
le Maigre tourné en 1960 et ami de Polanski).
Parce que son statut s’améliore, Roman
Polanski a droit désormais à une directrice
de casting, Maud Spector, qui l’aide à
trouver Donald Pleasance pour interpréter George,
le mari cabotin. Pour jouer le gangster, notre cinéaste
pense d’abord à un acteur de la stature
de Wallace Berry et, si possible américain
(car Brach et Polanski rêvent d’une co-production
avec les USA) de type Rod Steiger ou Jacky Gleason.
Mais Roman Polanski découvre Lionel Stander
lors d’un show à la télévision
(Stander s’étant installé en Grande-Bretagne
pour fuir le MacCarthysme). Le réalisateur
l’engage. Pour jouer Térésa, Roman
Polanski envisage Charlotte Rampling, Jacqueline Bisset
(à qui il donnera finalement un petit rôle)
puis l’actrice canadienne Alexandra Stewart
(« trop équilibrée » pour
ce rôle selon Polanski). Quelques jours avant
le début de tournage, toujours pas d’actrice.
Désemparé, le metteur en scène
apprend que Françoise Dorléac, sœur
de Catherine Deneuve, est à Londres. Elle est
aussitôt enrôlée dans l’aventure.
« Pour être parfaitement franc, si
l’on m’avait alors demandé ce qu’était
le thème du film, je n’aurais pas été
en mesure de répondre, affirme Roman Polanski.
Il n’y avait pas de thème – rien
que l’expression de l’état d’esprit
du moment. Gérard et moi venions d’être
trahis par une femme et le personnage de Térésa
naquit d’un léger besoin de revanche.
» (Roman par Polanski, Ed. Livre de poche, 1985,
p.259)
Le film se tourne en Grande-Bretagne, à Holy
Island, appelé aussi Lindersfarne, un endroit
que l’on dit hanté de fantômes.
Un lieu reculé. Une population locale méfiante.
Et le climat y est aussi changeant que sur les lacs
de Mazurie. Pour ne rien arranger, les trois interprètes
principaux ont chacun des caractères complexes.
Stander se comporte comme une brute (il frappe réellement
Dorléac dans la scène de lutte), Pleasance
arrive sur le tournage le crâne rasé
à la stupeur générale et prend
l’équipe de haut. Et Dorléac souffre
beaucoup, de l’endroit et des gens. La mauvaise
humeur est générale et le tournage prend
du retard à tel point que Roman Polanski décide,
en échange, de donner ses pourcentages de Répulsion
en gage de bonne volonté. Stander simule aussi
des problèmes physiques pour toucher des cachets
supplémentaires ; le film manque d’être
définitivement arrêté. Brach fait
alors croire à Stander que Polanski veut l’engager
dans son prochain film, et du jour au lendemain Stander
remarche ! Et le tournage avec lui.
Désireux de tourner une des scènes
du film en seul plan et à l’heure magique,
Roman Polanski passe une journée entière
à la préparer et à organiser
le passage d’un avion dans le même plan
avec un opérateur radio installé derrière
la caméra dans une cabine insonorisée
et relié par ondes au pilote de l’avion.
Le cinéaste explique que « Les longues
prises sont toujours préférables lors
des scènes d’émotion parce qu’elles
permettant aux comédiens de rester dans leur
rôle. » (4) Le chef opérateur,
Gil Taylor, abandonne Roman Polanski sur cette scène
dite infaisable. Mais le cinéaste y parvient.
Hélas, à la troisième prise,
Françoise Dorléac s’évanouit
à cause de la froideur de l’eau. Jugé
coupable, Roman Polanski échappe de peu à
la mutinerie de toute son équipe. Le tournage
achevé, le metteur en scène repart à
Londres, exténué, et passe plusieurs
jours seul dans son hôtel. Il faut encore montrer
Cul de Sac.
|