Roman Polanski 1933/1962 1933. Cette année-là, 1933, un petit garçon appelé Raymond Liebling naît à Paris le 18 août. Il reste à Paris avec sa famille pendant trois ans puis la famille part en Pologne à Cracovie ville natale du père de Raymond. Difficilement prononçable pour les polonais, Raymond devient Roman, voire Romek, et Liebling devient « Polanski. » Loin de s’imaginer une invasion nazie en Pologne
trois ans plus tard, la famille Polanski s’installe ainsi au 9
rue Komorowski à Cracovie (ville natale du père de Polanski)
avec Annette, demi-sœur de Roman (par un premier mariage de sa
mère). Cet appartement de Cracovie reste comme le tout premier
souvenir de Polanski (élément troublant lors que nous
connaissons l’importance des appartements dans son œuvre
à venir). Polanski parle de cette époque et de ce quartier
avec grande tendresse dans son autobiographie. Hélas, quelques jours après le sixième anniversaire du jeune Romek, la Pologne est envahie par l’armée nazie. La vie de Roman Polanski, et celle de millions d’êtres humains, prend alors un tournant cauchemardesque et indélébile. 1939. La famille Polanski fuit l’appartement de Cracovie, puis part à Varsovie (plus éloignée de la frontière allemande). Le père de Roman, lui, reste à Cracovie avec ses frères pour assurer les biens matériels. Roman, sa mère et Annette vivent ainsi seuls. La mère de Roman parvient courageusement à faire face. Et, contre-attente, les nazis arrivent… à Varsovie. Fin septembre, Varsovie tombe, écrasée sous les bombes d’un millier de bombardiers nazis. Le père Polanski part à Varsovie et la famille revient à Cracovie. Dans ce contexte pour le moins difficile, le jeune Roman fait en dépit de tout ses débuts à l’école et s’y ennuie profondément, mais quitte bientôt l’école, les juifs n’y ont plus droit. Le 1er décembre 1939, les juifs reçoivent l'ordre de porter l'étoile jaune. La famille est réinstallée de force dans le « quartier juif » de Cracovie. Le jeune Romek se verra "emmuré." Roman Polanski, dans son autobiographie (éditée au début des années 80), fait un état bouleversant et lucide de la période d’horreur qui suit. Il le fait avec la sobriété et l’âpreté qui caractérisent la narration dans ses différentes créations théâtrales et cinématographiques. Il le fait aussi, consciemment ou non, en mélangeant parfois, comme dans ses œuvres, un ton comique et un ton nettement plus sombre. N’est-ce pas là d’ailleurs, on le sait, une des marques majeures des grands tragiques ? Polanski en décrivant ses souvenirs du Ghetto montre l’absurde et le drolatique au centre même de l’horreur – l’enfance et la mort jamais opposés par Polanski, au contraire. Roman passe un peu de temps en sécurité dans une famille polonaise, les Wilk, en dehors du ghetto. Sa mère est envoyé dans un camp de concentration. Roman prend le nom "Wilk" et se fait passer pour un polonais. Le père de Roman est toujours en vie. Il a donné à la famille Wilk suffisamment d’argent pour que Roman ait de l’argent de poche. Pour plus de sécurité, Roman est envoyé dans un village perdu, Wysoka, o ù il est recueilli par la famille Buchala, une famille très pauvre. Il y découvre sa passion pour la campagne qui ne le quittera plus. Il rendra hommage à cette campagne vitale dans ses films Quand les Anges Tombent (1959) et Tess (1979). Roman prend part aux travaux de ferme. Il apprend à fabriquer de la corde chanvre, à nourrir les poules et les lapins. Roman semble en fait surtout bouleversé par la beauté du monde paysan et ses descriptions de ce monde restent émouvantes: « A l’approche de l’hiver, le paysage commença à se transformer progressivement. Parmi les couleursnouvelles et spectaculaires, surtout des rouges et ors, des senteurs peu connues commençaient à s’élever. » (A) Roman revient à Cracovie chez les Putek. Les russes ont libéré Cracovie. Roman est finalement recueilli par son oncle Stefan. Et il retrouve son père et découvre progressivement son goût pour la comédie. 1945. En cinquième, Roman se fait un ami, Piotr Winowski. Ensemble, ils iront au cinéma et mettront toutes sortes de farces en scène. Il part dans des camps scout et découvre sa vocation: il veut devenir acteur. (voir chapitre "naissance d'une vocation" ici). Il entre comme jeune acteur dans la troupe de radio La Joyeuse Bande. » Il commence à devenir indépendant, mais son père n'y croit pas trop. Roman est poirtant engagé dans une pièce de thépâtre Le Fils du Régiment qui remporte un grand succès en Pologne. Roman a quinze ans. Trop faible à l’école pour espérer l’université, Roman décroche une bourse pour étudier dans la section électrotechnique du Collège d’Ingénieurs des Mines de Cracovie. Roman s’y ennuie et s’intéresse de plus en plus au cyclisme (au détriment même du théâtre). Nous sommes en 1949. Il anime un temps une marionnette dans Le Cirque Tarabumba et y apparaît aussi comme acteur. Il est considéré enfin en adulte. Hélas, Roman redouble et n’obtient pas sa « matura » (bac polonais) mais grâce à ses dons de dessin, il est acceptéà l’Ecole des Beaux-Arts « Mon inscription à l’école des Beaux Arts bouleversa mon attitude à l’égard du travail. Je fus enfin touché par la passion de bien faire. » (A p. 120). A la même période, Roman rencontre une fille avec qui il va découvrir les plaisirs de l’amour. Roman reverra cette fille plusieurs fois mais avoue aujourd’hui ne plus se souvenir de son prénom. Cela aura marqué en tout cas le début de la grande histoire d’amour de Roman Polanski avec les femmes – ellestraversant, nourrissant, passionnément sa vie et son œuvre. 1950. Nous sommes en 1953. Roman y rencontre aussi un étudiant de dernière année à Lodz, un jeune homme qui deviendra un de ses meilleurs amis et pour qui il accepta d’être acteur à nouveau en 2002 : un dénommé Andrzej Wajda. Un des cinéastes majeurs du cinéma polonais. Mais son incorporation est imminente faute de de trouver une école qui l'accepte, Roman prépare une évasion radicale, quand, par miracle, un coup de téléphone change son destin : «C’était Jerzy Lipman (…), Andrzej Wajda tournait son premier long-métrage, me dit-il, et il avait un rôle important pour moi. » (A, p. 144). La vie de Roman Polanski est un authentique roman, un roman historique, tragique, comique, policier et impensable pour tout écrivain ou scénariste. Tant de rebondissements seraient difficilement vraisemblables dans un travail de fiction. Pourtant, c’est bien la vie de Roman Polanski. Une fresque biographique (à assez gros budget a priori) mériterait d’être réalisée un jour sur ce parcours singulier sans cesse en mouvements. Qui mettra en scène la vie de Polanski ? 1953. A la même période, et par une chance encore à ce jour inexplicable, Roman reçoit sa nouvelle carte d’identité sur laquelle est écrit « profession : étudiant ». Il peut dès lors être assuré de ne pas partir au service militaire. Il auditionne à l’école de Lodz et décroche un rôle pour La Bicyclette enchantée. Il intègre le milieu des étudiants, milieu de plus en plus révolté contre les autorités. Roman Polanski fait les quatre cent coups avec ses amis et rencontre une ancienne championne de ski, Kika Lelicinska, ils forment un couple libre. Libre et harmonieux. Roman part pour l'école de Lodz où il vient d'être accepté, son père ets pour la première fois, très fier de son fils. L'Ecole de Lodz estétonnement luxueuse. « L’existence d’une école trouvait une justification formelle dans une inscription qui ornait le hall d’entrée sous un médaillon de Lénine : « Pour nous, disait la citation, le cinéma est la plus importante de toutes les formes d’art. » (A, p. 162). Roman Polanski y réalisera 8 court-métrages, dont 7 ont été récemment édités en DVD. Un parcours atypique pour un artiste qui devra encore traverser bien des vicissitudes du 20ème siècle. Alexandre Tylski pour www.roman-polanski.net
août 2003 |