LES CHEMINS DE L'AVEU
Par Pierre Arbus, Professeur agrégé ESAV, UTM France (texte inédit)

Et si Roman Polanski n’avait pas fuit le ghetto de Cracovie, si le père qui l’a aidé à fuir n’était pas revenu de Mathausen ? Si la mère, elle, était revenue ? Polanski sait bien de quoi il parle. C’est sans doute pour cela qu’il en a parlé si rarement, sans raccourcis familiers, mais avec une conscience infinie de la difficulté, voire, de l’impossibilité à dire. Comme beaucoup de ces témoins muets, qui n’ont pas laissé l’Histoire les déposséder de leur parole. Polanski a vécu la guerre et l’Holocauste comme un enfant livré à lui même, en rupture forcée de tout lien affectif dès l’âge de 10 ans. Juif égaré, il sera recueilli et hébergé par diverses familles de Cracovie, puis, caché à la campagne par une famille pauvre de paysans catholiques. C’est là, dans cette enfance torturée, que commence son errance.

Roman Polanski est un cinéaste dont on a peine à dire la nationalité. La plupart de ses films sont en langue anglaise. Lui est aujourd’hui Français. Son parcours nomade l’aura mené de Pologne en France (il est né à Paris), puis en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, en Italie, et de nouveau en France où il est installé depuis 1975. Pourtant, chacun de ses films semble redire une velléité de fuite, un départ imminent. Polanski ne s’origine pas ! Chaque film contrarie paradoxalement l’enracinement auquel il pourrait laisser croire. Paradoxalement, et tragiquement. D’ailleurs, Roman Polanski est infiniment mal à l’aise dans les réseaux ; c’est du moins ce que semble révéler son autobiographie. Là, se trouve peut-être l’explication d’une production quantitativement riche, mais inégale, en qualité, et irrégulière, surtout. Polanski ne s’est jamais abrité derrière un statut institutionnel. Chaque film a toujours été une aventure, depuis la recherche de fonds jusqu’à la distribution à l’étranger. D’autres, à l’exemple de Spielberg, sont devenus des banquiers à Hollywood. Lui, n’a pas confondu les destins. Peut-être parce que les banquiers américains ou européens n’ont pas manifesté beaucoup de solidarité avec les Ashkénaze d’Europe Centrale et d’Allemagne qu’on envoyait vers les chambres à gaz. C’est en filigrane, dans Le Pianiste (2002), semble-t-il.

Roman Polanski, en 45 ans de carrière, a inscrit une oeuvre. Il y a quelque intérêt aujourd’hui à l’envisager dans une perspective globale, en considérant le dernier film réalisé : Le Pianiste, comme l’aboutissement (momentané, on l’espère) d’une démarche inconsciente de l’aveu : mécanisme de l’oppression qui, au-delà de l’histoire des événements, se prolonge dans l’imaginaire personnel, et contrarie incessamment le projet d’une existence sans tourment, où l’errance ne serait plus la fuite, mais le seul mouvement de la quête idéaliste en laquelle s’engage tout artiste. Ce film, au premier abord, contraste assez notablement avec la pudeur, la discrétion, une certaine subtilité dans la mise en scène de l’explicite qui use plus volontiers des archétypes de l’imaginaire que de la reconstitution documentaire. Du moins, est-ce ainsi que le film a pu être reçu, à Cannes, par exemple, où cette Palme d’Or, certes méritée pour l’oeuvre toute entière du cinéaste, aurait pu lui être attribuée bien avant, et en d’autres circonstances. A-t-on voulu stigmatiser la montée des extrémismes en Europe et au Moyen Orient, lorsque il conviendrait bien mieux d’en actualiser le danger : ni les journalistes, ni les artistes ne pourront, là, se substituer à un militantisme actif et contemporain, mobilisé contre cette nouvelle montée des périls, tous fascismes confondus.

Pour autant, cette oeuvre figure-t-elle, à proprement parler, un aboutissement ? Sans doute, demeure-t-on dans l’aveu, à partir d’une oeuvre toute entière construite comme une machine de la révélation. Mais, de ce dernier travail, l’explicite n’est-il pas que dissimulation de la dimension métaphysique du questionnement qui y est tenté ? Chacun des films du cinéaste est traversé de l’obsession douloureuse du ghetto et du chaos affectif qui en résulta. Le Pianiste ne dénonce-t-il pas alors les limites d’un athéisme pris au piège d’une angoisse métaphysique qui surgit au soir de la vie ? Aux velléités nomades du cinéaste, n’est-ce pas une conversion qui semble devoir se substituer ? Conversion qui se fera attendre, indéniablement. Puisque, d’autres films, sans doute, la tiendront à distance, sans pour autant cesser de la rendre nécessaire : on pense à cette remarque de Barbey d’Aurevilly à propos du roman de Huysmans, A Rebours (1884) : « Après un tel livre, il ne reste plus à l’auteur que le pied de la croix ou la bouche du révolver...».

* * *

La conception générique de l’oeuvre d’art permet, par les systèmes qu’elle met en place, de mentionner des repères qui facilitent une certaine forme de déchiffrage. Mais le système n’a pas grand chose à voir avec l’objectivité. Il résiste, en tant que tel, aux faiseurs qui ne l’engagent à aucun asservissement, il s’émancipe, il vit et sévit, rayonne et prolifère. Mais aucunement, cette autonomie ne procède-t-elle d’un déterminisme. Bien sûr, il y a les modèles du genre, les grilles d’élaborations générant leurs codes de lecture... Il y a, au cinéma, une référence générique dans quasi tous les films. A défaut d’histoire ou de récit, le spectateur en appelle aux fragments d’une expérience minimale commune entre lui et le système générique auquel le film appartient. C’est un chemin tracé. Une familiarité qui dispose transitions, passages, et issues, là où on les attends, de manière à ne pas susciter ce sentiment d’enfermement à l’intérieur d’une étrangeté menaçante, où l’image semblerait sans maître.

Et puis, il y a les recours particuliers au genre, la référence explicite, ou la simple citation, la revendication univoque ou le mélange des genres. Il y a le western fordien, le peplum hollywoodien, le thriller, le mélodrame ; et puis il y a l’auteur ; le porte parole d’une culture patrimoniale qui sublime le genre, mais ne le pratique que par procuration.

Polanski est un cinéaste de l’entre-deux. Ses premiers long-métrages ont été réalisés selon les schémas de production des films de séries (Répulsion (1965), Cul de sac (1966), Le Bal des vampires (1967), notamment). Les autres s’inscrivent quasi unanimement dans la continuité d’un genre avec lequel ils engagent une confrontation positive. Un film de Polanski est un objet d’indiscipline par rapport au genre dont il se réclame. Et le cinéaste revendique, en ce domaine, un éclectisme qui tourne à l’obsession (on l’a vu avec le projet du film Pirates (1986), par exemple) : il les a presque tous pratiqué. Mais il n’empêche : ce jeu de la subtilité, de la désobéissance, s’il détermine assez précisément le tempérament joueur et prodige de Polanski, n’en laisse pas moins de suggérer une terreur panique de l’oppression par les règles, les conventions, les idées reçues, les codes, bref, par tout ce qui pourrait verrouiller un lien entre les états de fait et un certain déterminisme dans leur destination.Polanski donne à voir, incessamment, l’agitation par laquelle il se libère du vêtement choisi par lui, mais qui l’enserre et le contraint. Derrière le recours au genre (le film de vampire, le film noir, le mélodrame, le thriller, le film fantastique et psychologique...), il y a l’aspiration à la nudité, non comme exhibitionnisme, mais comme un phénomène compensatoire de l’apparente tragédie des événements dont il ne cesse, d’ailleurs, de rendre compte à travers ses films. Cet engagement revendiqué dans la pratique de tous les grands systèmes génériques qui ont marqué le cinéma est ainsi le moyen de fabriquer sa propre histoire, bien au-delà d’une simple affirmation d’auteur.

Le cinéaste, je l’ai dit, ne s’origine pas. Son acte officiel de naissance le dit venir au monde à Paris. Juif polonais, il grandit et s’émancipe en Pologne. Mais ses trajets nomades commencent très tôt, dès l’âge de 10 ans, lorsque son père cisaille les barbelés, pour lui permettre d’échapper au ghetto de Cracovie. Polanski est alors recueilli par plusieurs familles, et connaît ainsi une errance physique et affective de quelques années. Les projets cinématographiques s’élaborent initialement dans un triangle entre Paris, Londres, et la Pologne : tournages ou lieux diégétiques renvoient, dans un premier temps, à l’un de ces trois pays. Puis, son parcours le mène aux Etats-Unis, sans pour autant le couper de l’Europe. Il reviendra tourner en Italie, en Angleterre, et finalement, en France où il est installé depuis 25 ans. Le nomadisme ne consiste pas simplement ici à fuir les carcans de la destinée collective : le communisme en Pologne, l’impasse de la création et l’antipathie des critiques à Londres, l’acharnement judiciaire et la tragédie personnelle en Amérique... Même si un sentiment récurrent de persécution anime ces projets de métamorphoses, sentiment nécessaire en tant qu’il est constitutif et salutaire pour une personnalité durement éprouvée dans l’enfance, il ne peut donner lieu à les interpréter comme une volonté de table rase. Bien au contraire, il semble que le cinéaste réitère incessamment un acte de naissance, animé du désir inconscient de naître à tous les mondes en usant, à chaque fois, de toute la consistance acquise précisément à l’instant de la fuite. Partir, ce n’est plus, dès lors, changer de vie ; renaître, c’est, en un sens, accumuler les naissances pour se donner le choix.

Cette question du choix paraît ainsi décisive pour un personnage auquel les choix de vie ont été premièrement imposés de la manière la plus violente qui soit. Jusqu’au remariage de son père, dont la première épouse mourut en déportation, alors que le petit Raymond n’avait que huit ans. Celle qui met au monde est aussi celle qui entretient le sentiment de l’exemplarité de sa propre naissance, et du choix fondamental et emblématique qui en est à l’origine. Or, cette mère perdue, il ne reste plus qu’à partir en quête soi-même, de la singularité de sa naissance, retourner au nid, en somme, à la naïveté primitive d’où surgira, peut-être, la révélation de la bonne naissance, librement choisie, et explicitement identifiante, que le souvenir de la disparition précoce et inacceptable de la mère ne remettra plus en cause.

Pour autant, l’errance de Polanski n’est pas celle de Rousseau (dont la mère mourut en le mettant au monde) ; elle comporte des paliers où l’on s’attarde, où l’on s’essaye à ordonner le chaos. elle n’est pas cette fugue vertigineuse dont l’issue, psychologiquement parlant, ne saurait être que tragique. La plupart des héroïnes de Polanski, outre les difficultés qu’il éprouve lui-même à les choisir, sont incapables de choisir librement, qui le père de l’enfant (Rosemary (1968), Tess (1979), Evelyn dans Chinatown (1974), où le roman familial est, là, infiniment complexe et symbolique, la Sarah du Bal des vampires... Quant au personnage du Locataire (1976), il dénie et efface toute possibilité de procréation : la chute terminale du personnage travesti ouvre une brèche dans la verrière, qui ne sera jamais une brèche vers la vie...)

Construire, dans le nomadisme, la possibilité du choix de sa propre naissance s’oppose, en un sens, à la qualité d’auteur, par définition sédentaire, identifié et univoque, et, de surcroît, le sachant. Un différent opposa, vers la fin des années 60, Roman Polanski et les auteurs déclarés de la Nouvelle Vague, sur des questions accessoires, eu égard aux motivations plus vraisemblables de cette querelle. L’auteur revendique l’autorité de sa propre démarche : c’est inscrit dans le terme même. Le recours au dogme ne l’effraye aucunement. Mais, n’est-il pas coupable, en un sens, de cette confusion opportuniste qu’il s’attache à créer, entre les repères, les références, la culture patrimoniale, et leur détournement en objets de foi, en dogmes, en un enchaînement sournois des consciences à l’autorité d’auteur, lui-même se dédouanant de cette prise de pouvoir par la liberté de parole et d’action qu’il feint de manifester ?

L’auteur, au sens très large, dispose toujours d’un statut inattendu chez Polanski : ou bien il possède l’autorité, et elle est tyrannique, ou bien il est créateur, et il ne la possède pas (le Professeur Abronsius du Bal des vampires, VS le Comte Von Krolock, Roman Castevet - Rosemary’s baby (1968) -, ou le tortionnaire dans La Jeune fille et la mort (1994). Mais, en aucune manière, l’auteur, comme détenteur d’un pouvoir, ne se révèle nomade : tout au contraire, sédentaire, enraciné, notable (le voyage en Europe de Roman Castevet, par exemple, est un faux voyage). Et Polanski abhorre très probablement ce statut de l’autorité intellectuelle auquel il parvient quelquefois, pour aussitôt le délaisser par un acte nomade ; comme s’il s’agissait d’effacer, ou de figer dans un immobilisme statutaire, ce démon d’auteur, en qui naîtrait probablement, pour ce qui le concerne, une volonté tyrannique de vengeance qui entraînerait sur de mauvais chemins la quête de cette bonne naissance dont il a été question tout à l’heure.

L’autorité, dans le domaine de la morale et de la vérité, est en tous cas toujours du côté des femmes ; l’homme, lorsqu’il impose son choix, de manière tyrannique (et cela se voit, par exemple, sur le corps de Rosemary), est toujours dans l’erreur ou dans l’immoralisme. Ce qui n’engage à reconnaître comme auteur, que celui ou celle, seul, qui possède l’autorité de notre propre naissance, la mère en l’occurrence. Cette mère qui est absente de la famille Von Krölock, où l’on ressuscite à chaque fin de jour, sans, toutefois, jamais renaître, et où la naissance originelle est déjà bien enfouie dans le fin fond des âges. Cette mère, encore, que ne sera jamais Sharon Tate, et dont la mort tragique ajoutera au chaos et à la confusion du cinéaste dans sa quête de l’origine (précisément, c’est une adaptation de Macbeth (1971) qui sera son film suivant).

Le recours aux genres est indissociable d’une mise en oeuvre des archétypes de l’inconscient collectif et des moyens par lesquels ils se manifestent, c’est-à-dire, principalement, le symbole. Polanski livre un travail assez intéressant sur la manipulation des mythes par l’artiste, qu’il s’agisse de mythes populaires (vampires, pirates, esprits, sorciers) aux représentations sociales (folies, triangle psychologique, fusions érotiques) ou de mythes patrimoniaux (adaptation de Shakespeare, référence à l’histoire des genres, etc.).

Par ce moyen, l’oeuvre du cinéaste opère une extension vers l’universel qui apaise, en un sens, la part de tragédie contenue dans une démarche errante et relativement solidaire. L’archétype reste, par définition, familier des consciences (comme inconscience révélée) en quelque endroit et en quelque culture qu’elles se trouvent, puisque, à dire vrai, il s’agit d’un fond commun. Mais d’un fond dont il ne suffit pas d’avérer la marque : le travail de Polanski passe naturellement par une métamorphose qui relativise le nomadisme dont a été question. Là est en partie l’engagement du cinéaste, dans cette tentative de détourner le caractère universel de l’archétype pour en faire paraître, voire l’inventer, la force du lien, posé comme terme connu d’une équation, dont l’origine serait, non pas véritablement l’inconnue, mais l’élément problématique : je ne suis pas sûr de l’endroit d’où je viens, mais je sais le chemin qui pourrait m’y conduire. L’extension apaise la tragédie, insoutenable dans la solitude. Polanski renouvelle le genre, il inscrit sa singularité dans les éléments archétypaux de ce genre qui, de fait, par l’autonomie qu’il acquiert ensuite, intègre définitivement à son patrimoine «génétique», celui qui n’a ni famille, ni naissance sereinement admise.

Polanski, ainsi, se désengage de tout discours d’auteur sans pour autant s’isoler, sans pour autant, loin s’en faut, renoncer au dire ; l’archétype devient un refuge : refuge contre l’étrangeté (les Américains, après tout, ont emporté avec eux ce fond commun, cette culture des mythes propres à leurs origines européennes), contre l’abandon, contre ses propres démons aussi, puisqu’il se substitue aisément à la tentation auteuriste (et autoritariste...). Mais, par-dessus tout, l’archétype fait le lien ; lien avec une communauté repliée dans la souffrance et la perte de foi, assignée au déterminisme de sa propre destinée, résignée à son propre sacrifice, lien rompue, symboliquement lorsque le père de Raymond cisaille les barbelés pour faire évader son enfant, laissant derrière lui cette communauté familière, dans une relation qui s’étire et s’allonge... Jusqu’à la rupture. Polanski parvient à concilier ainsi, avec le nomadisme, le franchissement perpétuel et symbolique du mur qui transforme sa rue en cul de sac, et la réassignation du lien dont la rupture, si elle n’avait été contrariée, l’eut probablement jeté dans une profonde errance. Ce sont là, précisément, les fragments d’imaginaire convoqués dans son troisième film, Cul de sac : un lieu de vie au bout d’une route inondable, un câble téléphonique, qui véhicule l’oralité (oralité du mythe ?) et établit le lien avec la ville, et des personnages errants, et en défaut d’autorité (jusqu’à la transgression de la barrière des sexes).

Bien entendu, il ne s’agit pas de se satisfaire des liens que l’on pourrait établir entre la vie de Roman Polanski et l’imaginaire symbolique de ses films, mais bien de montrer en quoi, cette oeuvre revendiquée comme éclectique et sans logique d’élaboration, construit, film après film, l’imminence de cette parole explicite, à l’oeuvre dans Le Pianiste.

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Il y de la menace sous l’errance ; cela ne va pas sans mal, et le nomadisme à tout au moins maille à partir avec l’étrangeté, et la dénonciation sociale que l’on en fait. L’étrangeté, c’est avant tout, pourtant, celle de la terre d’accueil. Monde nouveau, elle est avant tout un monde autre, un univers du questionnement où l’on guette, confiant ou désespéré, quelques réminiscences familières. Ses propres mythes d’origine, en somme, quitte, si l’on en a les moyens, à les rebâtir, dans une manière d’intégration à l’envers : assimiler à sa propre culture l’étrangeté de la terre d’accueil. Le Chinatown new-yorkais n’a de fait rien à voir avec le Chinatown parisien. Et Polanski, de reconstituer dans les studios de Londres, certains paysages de l’Europe Centrale. Mais plus vraisemblablement, il est une étrangeté qui demeure, par nécessité, sans résolution. Elle est une étrangeté déterminée, identifiante, objet de quête, voire, objet de foi, ou procès de foi ; c’est celle du nomade lui-même, celle de l’étranger dont Camus dresse l’ambiguïté (il s’agit moins là d’une quête que d’un tragique déterminisme).

De cette quête en forme de renversement (la quête d’étrangeté en terre étrangère au détriment de l’assimilation) surgit une menace. Constante et quelquefois criminelle : la discrimination, l’agression, l’humiliation en sont les expressions. Pour autant, l’étranger sous la menace, comme à deux doigts de l’assimilation, se donne la possibilité de partir ailleurs, de reconstituer ailleurs cette étrangeté quasi statutaire qui, non seulement, le distingue, mais confirme son appartenance à une communauté culturelle, sociale, et idéologique. Parce que, précisément dans le cas de Roman Polanski, l’étrangeté de l’individu dans le monde est, en quelque sorte, inscrite dans l’histoire du judaïsme, et parce que, en contrepartie, elle inscrit l’errance (donnée comme un progrès de la conscience) en motivant l’action - résister ou partir.

Le mythe religieux concède au prophète une fonction de légitimation et d’identification susceptible de mettre fin à l’étrangeté et d’enraciner, ou d’originer, l’individu. Le Chrétien a son prophète qui le sédentarise ; le Juif (l’archétype de l’étrangeté se trouvant incarné par l’histoire du Juif Errant, légende antisémite médiévale) trouve dans l’étrangeté une consolation fédératrice, et manifeste, en cela, une forme de fidélité à sa propre foi. Tandis que pour le Chrétien, la communion se réalise dans l’apaisement et la certitude des origines, pour le Juif, elle semble ne devoir exister que dans la menace et l’instabilité. De fait, plus qu’au danger de l’exclusion sociale (auquel sont aussi livrées les autres communautés unis, pour d’autres raisons, peut-être, dans l’étrangeté), c’est celui de l’enfermement qui menace : enfermement dans la désignation humiliante (l’étoile jaune) de cette identité problématique (religieusement parlant) puisqu’aucun prophète n’est venu confirmer la légitimité de cet «élitisme ethnique qui fait du peuple qui a reçu la révélation un peuple «élu», dépositaire de la parole» *. Et enfermement physique des corps, humiliation à double titre : d’abord parce qu’elle porte atteinte à l’intégrité, à l’égalité et à la liberté fondamentale de l’individu. Ensuite, parce qu’elle s’oppose violemment à ce fondement identitaire, à cette aspiration éthique et idéologique à l’étrangeté, et contrarie la foi (individuelle et collective).

L’opposition de classe dans Le Bal des vampires ne livre pas autre chose que ce distingo entre les catholiques enracinés (les vampires châtelains et aristocratiques), et les juifs de passage (l’auberge) dont on cherche à briser l’errance pour mieux les asservir ; à la menace positive et sous-jacente à la revendication d’étrangeté se substitue la menace de la contrition, de l’enfermement, de la rupture des énergies fédératrices et communautaristes qui les identifient. On sait, de ce point de vue, les difficultés de cohabitation en Pologne entre Juifs et Catholiques, avant la 2ème guerre mondiale. Dans Rosemary’s Baby, l’ami Juif écrivain se voit même refuser l’accès à la croisière, dans le cauchemar de la jeune femme. De l’expérience de l’enfermement et de l’humiliation par le port de l’étoile jaune, Roman Polanski implique son être propre dans un mythe romantique singulier : celui de l’artiste maudit. La fébrilité de son dynamisme, l’angoisse de la persécution, la terreur de l’enfermement demeurent sensibles dans tous ses films. Agressé et tyrannisé par les Allemands, par les Communistes, par les financiers, par certains acteurs, peut-être par les puristes américains, par les critiques, les journalistes, voire certains amis (Philippe Sarde évoque des relations difficiles avec le cinéaste, dont il fut l’ami), Roman Polanski a pu se croire, a pu se dire au centre même d’un complot (la destinée de ce motif est évidemment considérable dans son oeuvre, et semble précisément vouloir se justifier dans le dernier opus).

De fait, c’est un imaginaire géographique relativement complexe qui se trame de film en film. Un imaginaire fondé sur la duplicité d’un couple systématique et sur le mouvement de son exploration, un territoire qui inclut le géographique, au sens ouvert du mot, le psychologique, et le transitoire. Exploration verticale des consciences malades ou obsessionnelles (Répulsion, Cul de sac, Lunes de fiel (1992), La jeune Fille et la mort (1994), Le Locataire, 1974), à laquelle répond d’ailleurs une géographie métaphorique des lieux (la verticalité, le tangage), en lien organique avec le rejet, la discrimination venue du territoire psychologique même. Il n’y a aucun pittoresque dans cet imaginaire-là ! La seule sensation d’un espace qui vous dévore, vous contraint, vous attire même, vous menace, et, conjointement, vous rejette. Comme le flux et le reflux qui, peu à peu, déposent le noyé.

Mais en partir, s’en éloigner, c’est prendre le risque de retomber dans un autre, ailleurs (les films de Polanski sont remplis de ces faux refuges qui dénient toute possibilité de fuite : le Docteur Saperstein dans Rosemary’s baby, le café voisin dans Le Locataire, un mari dans Tess, un hôtel luxueux dans Paris pour un touriste américain – Frantic (1988) -, et bien entendu, tous les lieux qui accueillent la fuite du pianiste, dans le dernier film). Une sérénité probable de cet imaginaire géographique, ce pourrait être l’espace transitionnel, non celui figuré par des chemins, couloirs, escaliers, ascenseurs, mais celui que les circonstances évoquent comme possible et salutaire, celui par lequel il n’y aurait pas ou plus de film, et qui jamais n’apparaît : le voyage à Paris de Roman Castevet, la cavale du gangster dans Cul de sac, le voyage du tortionnaire, interrompu par une panne de voiture dans La jeune Fille et la mort, et, en somme, le voyage musical dans Le Pianiste, sinon, salvateur à la fin du film, du moins apaisant, et qui suscite, pour la première fois dans un film de Polanski, une forme de fraternisation positive, au contraire de la cigarette échangée dans le court-métrage Quand les Anges tombent (1959), motif d’ailleurs réitéré dans Le Pianiste.

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Mais l’imaginaire récurrent du cinéaste est travaillé de manière infiniment complexe et paradoxale par la terreur du hui-clos et de l’enfermement. Le lieu qui emprisonne, et resserre son étau, littéralement (les murs dans Répulsion), où la seule résistance réside dans le chaos et l’incertitude, dans le désordre et la dissolution du corps (dissolution sèche : il n’y a pas ou peu de fluide, chez Polanski, que des liquides épais, sang coagulé, blanc d’oeuf, fiel, mers épaisses...). De ce lieu, il faudrait s’échapper. Fuir la mémoire douloureuse (celle de la torture, qui nous renvoie à l’Holocauste), l’asservissement et la sédentarité éternelle (Le Bal des vampires), fuir les blessures et la culpabilité morale (Chinatown), fuir le culte démoniaque... Pour autant, aucun des personnages de Polanski ne met en oeuvre de stratégies crédibles pour organiser sa fuite. Ce déterminisme que constate un vieux Juif en attente du départ pour les camps dans Le Pianiste, cette inertie tragique qui semble une résignation, est une constante pour tous les personnages de ses films.

Et là, surgit le paradoxe : pourquoi subir ainsi l’agression du hui-clos ? Parce que le hui-clos est un refuge contre la désintégration, parce qu’il protège contre la déconstruction du sentiment d’étrangeté qui, on l’a vu, reste le facteur le plus puissant de l’identification et de l’établissement du lien. Il met ainsi la conscience à l’abri du vertige (le risque de chute est aussi un motif récurrent dans les films de Roman Polanski), ou de l’immobilisation, coup d’arrêt porté à la culture de l’errance ; deux motifs disent à peu près cela : le Professeur Abronsius, coincé dans un soupirail et oublié par Alfred, gèle sur place. Et un enfant, essayant de quitter le ghetto par un soupirail, se fait tuer, dans une de ces chasses aux enfants du ghetto organisées par les nazis, et auxquelles Malaparte, alors ambassadeur en Allemagne, eut un jour le triste privilège de participer. L’intégrité menacée, c’est aussi ces mains que l’on frotte fébrilement (Répulsion), annonçant Lady Macbeth («Pourtant, il y a encore une tâche...»), et le piège dont on devient soi-même, outre la victime, le principal moteur. Parce qu’il faut, pour y voir clair, aller au bout de ce processus, au risque de se laisser emporter par le chaos, ou de l’assimiler comme une culture.

Chaque film de Roman Polanski est conçu comme un parcours narratif particulièrement maîtrisé, un processus dynamique qui, partant d’une question posée, dispose peu à peu les éléments de la résolution. Chinatown est un emblème de cette pratique créatrice. Pour autant, le principe n’en est pas si classique. Chaque palier de l’évolution dramatique constitue l’aveu d’une découverte ou d’une résolution négative : la contagion universelle dans Le Bal des vampires, l’acceptation d’un enfant-démon, dans Rosemary’s baby, la mort de l’héroïne ou son arrestation, dans Chinatown (1974) ou Tess (1979), le suicide dans Le Locataire... C’est en somme que le parcours narratif faisant usage de l’outil personnage, et plus particulièrement du corps du personnage, n’est pas le gage d’une accession poétique à l’idéalité. Loin s’en faut. Mais il reste sûrement le moyen d’en représenter la nécessité. On filme beaucoup le dos ou la nuque des personnages, chez Polanski ; leur versant négatif, la face obscure de l’âme, l’ombre jungienne, en quelque sorte. Les atteintes aux corps sont à la fois nombreuses et délectables, dans leur mise en oeuvre esthétique : évoquées symboliquement ou manifestes, on ne compte plus les griffures, coups de couteau, morsures, viols...

Outre la symbolique attachée au couteau et à la blessure qu’il occasionne, symboliquement explicitement attachée à l’érotisme et au viol - il y a toujours eu là, semble-t-il, une volonté ludique de la part du cinéaste, à fabriquer du grain à moudre pour le critique ou le spectateur - ce sont des stigmates qui marquent le corps, et le désignent infiniment corruptible, incapable, dans sa misère, de porter tout le poids des intentions et des projets de la - bonne - conscience : morale, pacifisme, amour et famille, liberté... Cette rhétorique, associée à la mise en oeuvre d’une interprétation simpliste et schématique de la symbolique freudienne, le couteau / phallus, ou la dent, dans Le Locataire, comme symbole de l’impuissance, par exemple, dissimulent en définitive une angoisse de la corruption des corps vivants, et de leur incapacité à assumer les grands idéaux de la civilisation. Il y a bien là un paradoxe, celui en somme qu’a tenté de résoudre le Christianisme, et auquel Polanski, par stigmates interposés, fait peut-être une allusion inconsciente.

A priori, c’est une certaine foi dans le matérialisme et la toute puissance des corps que Polanski remet en cause, sans pour autant dissimuler une vision angoissée de la mort : le sermon de prêtre, lors de la cérémonie religieuse à laquelle assiste le locataire, dévie, fantasmatiquement, vers une apologie du corps pourrissant très marqué d’une lecture probable des Chants de Maldoror (1869) et des textes bibliques (qui les en imprègnent, d’ailleurs). Et la quête vampirique, ou la filiation et le culte démoniaque figurent autant de promesses d’éternité. Promesses inacceptables parce que négatives, livrant le côté obscur de l’âme. Mais par quoi les remplacer ? La résolution est un palier nécessaire dans le cheminement de la conscience, une forme de préalable, par le constat d’échec de la capacité du corps vivant à répondre aux angoisses que suscitent une expérience douloureuse de la relation humaniste.

Le cinéaste polonais, d’origine juive, s’est toujours prétendu sans foi, sans idéal religieux et sans certitude autre que celle de l’athée. En est-il pour autant le rationnaliste que sous-tend cette revendication de l’incroyance ? Comme la foi, l’absence de foi est d’abord culturelle. Les parents de Polanski ne pratiquaient pas. Leur rapport à la foi n’était ni philosophique ou métaphysique, ni même opportuniste, semble-t-il. Il en est résulté, bien au-delà de l’incroyance, une posture complexe où se mêlent la revendication d’athéisme, et une interrogation durable portant sur les fondements d’un rationalisme matérialiste qui ne semble pas répondre à la demande d’apaisement des âmes tourmentées. L’explication n’est que rarement satisfaisante. Factuelle et référentielle, elle n’est jamais prolongée d’une dogmatisation esthétique ou discursive (comme elle semble l’être chez Hitchcock, par exemple). Peut-être essentiellement parce qu’elle ne parvient pas à se dire. La pathologie mentale n’est en rien évidente pour justifier les déviances criminelles ou suicidaires des personnages de Carole dans Répulsion, ou de Trékowski dans Le Locataire. Plus vraisemblablement, c’est la figure confuse du complot que chacun de ces films sous-tend, un complot qui trouve sa vérification dans le dernier film, où l’errance et la réclusion du pianiste pourraient ressembler, hors contexte, à la paranoïa schizophrène de Carole ou de Trekowski ; dès lors, réalité psychologique et réalité objective se brouillent : dans la folie, le rationalisme psychologique n’explique pas tout, et dans la persécution objective (La jeune Fille et la mort, Le Pianiste, Tess), le rationalisme historique ne résout rien.

La causalité est incessamment problématique, et Polanski témoigne, film après film, de la difficulté qu’il y a à prendre en charge le désordre intérieur personnel. Comment s’extraire de cette souffrance de l’âme dont la causalité n’a pas d’évidence définitive, comment parvenir à valoriser cette expérience à mi-chemin entre la souffrance de la persécution et la culpabilité ? La thérapie n’a jamais lieu de cité dans les films de Polanski, parce qu’aucune maladie n’est identifiable. Les films ne sont que les témoignages factuels d’un désordre qui, quant à lui, est né dans la continuité d’une expérience sensible de la relation du moi au monde. La maladie mentale est-elle bien une maladie, ou le dépositoire de toute ces petites folies dont les plus forts réussissent à se laver en éliminant efficacement les tâches de sang qui leur souillent les mains. Il y a, incessamment, dans les films de Polanski, cette duplicité dans les rapports humains, qui oppose des dominants, unis en nombre, à des dominés, généralement isolés et vulnérables ; de fait, le poids de cette misère, venue du dehors pour agresser et corrompre l’intégrité, peut être assimilée à une possession. Possédés, les personnages de Polanski le sont, de toutes ces pulsions étrangères auxquelles ils servent de refuge, comme un Christ déterminé à la crucifixion, pour la rédemption de l’humanité (il existe de très belles images de cinéma, archétypiques de la possession : images des oiseaux ou des «étrangers» agglutinés aux corps de leurs victimes qu’ils étouffent, chez Hitchcock, ou dans la série des Aliens).

L’oeuvre toute entière se met ainsi en place comme une quête humaniste à portée métaphysique, ou plutôt d’aspiration métaphysique. Ce qui, évidemment, nous éloigne de la revendication d’athéisme et autre aveu ce certitude. Les premiers films de Polanski proposent une vision relativement cynique des relations entre les personnages, toute entière fondée sur une étude des humanités singulières. Le lien ne s’opère pas. Une multitude d’individualités s’expriment joyeusement (d’un point de vue esthétique, s’entend, au sens de jouissance dramatique de la singularité d’un personnage), mais souffrent infiniment de l’impossibilité du lien. Est-ce une faiblesse de la dramaturgie des premiers films ? Des personnages au détriment des relations ? Et un regard qui marque la distance face à ces monstres, entités autonomes qu’aucun monde ne bouleverse et qui ne bouleversent aucun monde. On aurait d’ailleurs la même impression avec Orson Welles et Citizen Kane (1941), dont Polanski était un grand admirateur. L’humain, au risque de la caricature, de l’archétype, contre l’humanisme des relations, des mouvements, des résolutions. L’humain comme modèle théâtral, emprisonné dans le cycle infini et tragiquement autonome de son avènement. Les principes de la formation de l’acteur à l’Actor Studio, par exemple. Et puis, peu à peu, cette caricature du personnage par lui-même s’efface et laisse la place à un regard plus apitoyé et sensible, disons aussi plus salutaire.

La relation humaine n’est-elle pas à la fois l’épreuve et le salut ? Tess marque, à ce titre, un tournant dans l’esthétique de Polanski. La confrontation y semble moins une addition de singularités que la réelle difficulté à nouer des liens organisateurs de la structure sociale (tout cela étant inscrit dans le sujet même : séparation de classes, préjugés, impossibilité de construire une famille...). Le film La jeune Fille et la mort oublie même les personnages qui ne sont tels, désormais, qu’à cause de la confrontation (et non l’inverse). Il y a encore, dans cette évolution de l’écriture du cinéaste, un cheminement très chrétien. Outre la thématique du bourreau et du martyr, le héros se constitue en tant que tel dans l’épreuve que forme le lien social. Et chaque fin prolonge l’épreuve d’une résolution rédemptoire et probablement salutaire : le sacrifice de Tess garantira peut-être à son premier mari une plus grande indépendance à l’égard des préjugés, et le tortionnaire de La jeune Fille et la mort sera détourné définitivement de ses fantasmes criminels. Quant au personnage du pianiste, il est parfaitement inconsistant en tant que personnage, mais infiniment emblématique en tant que figure en quête de lien social, salutaire et rédempteur (ici, la culpabilité de la fuite).

***

Quel est ainsi la part commune, le Dieu commun de cette humanité aux prises, désormais, avec la perte d’identité dramatique et l’affirmation, par l’histoire, du rôle social et du lien humaniste ? Quel est l’espace du salut, l’espace de l’a-tragédie, ou chacun dispose d’une autorité dans l’évolution des destinées collectives ? Probablement un espace métaphysique qui démontre les limites de l’athéisme et de l’individualisme revendiqués. Polanski est passé d’une posture platonicienne d’attention à l’individu, à l’Être unique, au personnage, à une posture augustinienne (le cheminement n’est pas sans références, puisque Saint-Augustin lui-même fut d’abord un adepte du néo-platonisme), dont la vision de l’agapê (l’amour chrétien, le lien nécessaire) a favorisé la transposition du platonisme dans l’occident médiéval. L’augustinisme de Roman Polanski, c’est la mutation du personnage en une individualité dont les faiblesses et les forces ne sont plus des traits issus d’un archétype théâtral dominant, mais la conséquence d’une implication dans une relation humaniste fondée sur la réalité et la force des passions. Polanski, comme Dali, n’a donc pas manqué de construire son oeuvre, au gré des évolutions, conscientes ou inconscientes, et nous livre enfin, avec Le Pianiste, le point de départ d’un engagement idéologique et métaphysique qui pourrait se lire comme le préalable à une conversion.

Pierre Arbus

Article à paraître prochainement dans la revue Entrelacs, n.5. www.esav.net

* Cl. G Dubois, in Introduction aux méthodologies de l’imaginaire, Collectif sous la direction de Joël Thomas, Paris : Ellipses, 1998, p.30.

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